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Le premier Tour de France automobile - Supplément illustré du 3 septembre 1899


1899_tour_auto_001.jpgL'automobile en est à ses débuts, mais déjà elle est devenue un objet de compétition entre sportifs, aventuriers ou fortunés de la "Belle époque".

Et un bon support publicitaire pour le propriétaire du journal.

Source : Supplément illustré du numéro du 3 septembre 1899 du Journal Le Matin.

Archives personnelles.


Le 1er tour de France automobile - 16-24 Juillet 1899

La course d'automobiles dite du « Tour de France », organisée par le Matin sous les auspices de l'Automobile-Club de France, a eu un retentissement considérable, non seulement dans le monde spécial des chauffeurs, mais encore auprès du grand public pour une partie duquel elle a été une véritable révélation.

Les épreuves organisées précédemment, si intéressantes qu'elles aient pu être, n'avaient pas, tant s'en faut, retenu au même degré l'attention générale : elles étaient moins importantes à tous égards, ne comportant qu'un itinéraire restreint, s'étendant en moyenne sur une ou deux journées au plus, et par cela même, elles se trouvaient fatalement condamnées, d'abord à passer quasiment inaperçues au milieu des préoccupations journalières, puis à n'éveiller pour ainsi dire qu'un intérêt local.

Celle-ci, au contraire, s'imposait à l'attention par tout ce qu'elle comportait de nouveau, par le nombre et la valeur des concurrents qu'elle allait mettre en ligne, par l'importance des prix que ceux-ci auraient à se partager, par une durée inaccoutumée, enfin par l'étendue de son itinéraire qui, sur prés de 2.300 kilomètres de routes de toutes sortes, à travers vingt-quatre départements, devait promener les « compagnons » de ce Tour de France nouveau jeu, de Nancy à Nantes et de Périgueux à Cabourg, révélant aux populations les plus diverses les merveilles de l'industrie automobile.

Enfin, un concours de photographie que nous organisions parallèlement à la course sous le patronage du Photo-Club de Paris, et doté d'intéressantes récompenses, devait donner aux amateurs photographes une raison de plus de se trouver, objectif en main, sur le passage des concurrents.

1899_tour_de_france_html_1a7b0952.jpgBref, on était en droit de prévoir, dès lors, que notre grande épreuve allait, suivant l'expression d'un de nos confrères, « tenir pendant une semaine l'univers attentif ».

Aussi les adhésions ne se firent-elles pas attendre, pas plus que ne devaient nous être marchandés les concours de toutes sortes dont une épreuve de cette importance ne pouvait se passer. C'est grâce à ces concours que les frais de cette épreuve, pris à sa charge par le Matin, ne devaient pas dépasser 10.000 francs, alors que l'organisation de Paris-Amsterdam, par exemple, n'en avait pas coûté moins de 50.000. Nous remercions ici tous ceux qui nous ont aidés et nous leur reportons bien volontiers la très grande part du succès final qui leur revient.

Devant l'Affiche.
Photo Ernest Ducoudré.

L'ORGANISATION

Le 16 avril, le Matin publiait le texte complet du règlement de la course, élaboré par la Commission sportive de l'Automobile-Club de France.

Dès lors, l'épreuve entrait dans sa période d'organisation, les listes d'inscription étaient ouvertes; il convenait d'établir sans retard l'itinéraire, de dresser les profils des routes, d'organiser les contrôles et surtout d'obtenir des autorités compétentes les autorisations nécessaires. Ce fut la tâche, très complexe et très ardue, à laquelle se consacra exclusivement pendant trois mois, avec une activité à laquelle il convient de rendre hommage, notre distingué collaborateur M. Paul Meyan.

1899_tour_de_france_html_m55315f26.jpgPar ses soins, des pétitions étaient adressées aux préfets de tous les départements traversés, et une fois les autorisations accordées par des arrêtés spéciaux après enquête administrative, les maires des localités intéressées étaient avisés, et toutes mesures nécessaires étaient prises d'accord avec eux. L'itinéraire était arrêté de la façon suivante :

  • - Première journée (16 juillet). — Paris, Fère-Champenoise, Saint-Dizier, Toul, Nancy. 290 kilomètres.
  • - Deuxième journée (17 juillet). — Nancy, Langres, Gray, Dôle, Lons-le-Saunier, Bourg, Ambérieu. 369 kilomètres, avec continuation par Culoz jusqu'à Aix-les-Bains.
  • - Troisième journée (18 juillet). — Repos.
  • - Quatrième journée (19 juillet). — Aix-les-Bains, Chambéry, Grenoble, Romans, Tournon, Saint-Étienne, Roanne, La Palisse, Vichy. 380 kilomètres.
  • - Cinquième journée (20 juillet). — Repos.
  • Sixième journée (21 juillet). — Vichy, Clermont-Ferrand,  Ussel, Tulle, Brives, Périgueux. 299 kilomètres.
  • - Septième journée (22 juillet). — Périgueux, Ruffec, Bressuire, Nantes. 339 kilomètres.
  • - Huitième journée (23 juillet). — Nantes, Angers, Le Mans, Alençon, Argentan, Falaise, Caen, Cabourg. 348 kil.
  • - Neuvième journée (24 juillet). — Cabourg, Lisieux, Evreux, Saint-Germain. 192 kilomètres.
Photo : Devant l'Automobile-Club de France : le baron de Zuylen et M. Poidatz (propriétaire du Matin)
Devant l'Automobiie-Club

Entre temps, les engagements nous arrivaient nombreux; le 10 juillet à minuit, délai extrême accordé aux retardataires, le chiffre total de 67 était atteint; il se décomposait ainsi.

PREMIÈRE CATÉGORIE

Conducteurs
(Voitures)

Constructeurs
Chev
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32
Charron
Girardot
Hénon
Notlaw
Giraud
Arvis
G. Leys
R. de Knyff
de Lucenski
Clément
Jénatzy
Audincourt
Levegh
Jamin
Antony
Boileau de Castelnau
Heath
Comte de Chasseloup-Laubat
Georges Richard. . 
Lefebvre
de Champrobert
Thorel
Comte Léon de Berthier
Broc
Adam
Piet-Lataudrie
Dumont
Dupuis
Cornilleau
Flash
Muguet
Panhard-Levassor.




Amédée Bollée

Panhard-Levassor.

Delahaye.
Panhard-Levassor.
Mors.
Peugeot.
Mors.
Amédée Bollée.
Mors
Amédée Bollée
Panhard-Levassor.

Georges Richard.
Lefebvre.

Peugeot.
Panh.-Levassor.
Mors.
Panhard-Levassor.
De Diétrich.
Crouan.

Decauville.
Vallée.
David-Bourgeois
16
12
12
8
8
20
20
12
16
8
12
12
16
12
20
12
10
12
12
7
16
16
8
12
12
12
10
8
20
5
16
10

  DEUXIEME CATÉGORIE

Conducteurs.

(Motocycles)

Moteurs
 
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
44
45
46
47
48
49
50
51
52
53
54
55
56
57
58
59
60
61
62
63
de Meaulne
Bardin
Teste
Griet
Williams
Tart
Rigal
Deckert
Petiram
Collignon
Gleize
Jouan
R. C.
Rivierre
Béconnais
Vasseur
Osmont
Paul Labre
Eugène Leroy
Cormier
Debacker
Nicolas
Degrais
Corre
Legras
Mèche
Géo
Marcellin
Ducom
Vuillaume
Joyeux
De Dion-Bouton


Gaillardet
De Dion-Bouton









Aster


De Dion-Bouton












Aster
 
  TROISIEME CATÉGORIE

Conducteurs.
 (Voiturelles)

Constructeurs
 
64
65
66
67
Ullmann
Théry
Boittier
Gabriel
Decauville


 

Photo : Devant l'Automobile-Club de France. Poinçonnage des voitures
1899_tour_de_france_html_7c47471a.jpgUn simple coup d'œil sur cette liste fera comprendre quel intérêt suscita sa publication dans les colonnes du Matin. Tous les grands noms de l'automobilisme y voisinaient. Parmi les conducteurs de voitures, René de Knyff, président de la commission sportive de l'Automobile-Club de France, le vainqueur du Paris-Bordeaux de 1898: Clément, le fabricant bien connu qui mettait sa coquetterie à refaire en millionnaire un « Tour de France » qu'il avait fait jadis en beaucoup moins brillant équipage, à ses débuts dans la vie industrielle; Jénatzy, l'intrépide pilote de la «Jamais Contente », cette extraordinaire voiture électrique avec laquelle il couvrit sur la route du parc agricole d'Achêres le kilomètre en 34 secondes, temps invraisemblable représentant une vitesse de 105 kil. 852 à l'heure, et que le comte de Chasseloup-Laubat engagé lui aussi dans la course ne put parvenir à abaisser ; Girardot, l'heureux détenteur du challenge Boson de Périgord, le deuxième de Paris-Amsterdam ; Charron, vainqueur de Paris-Bordeaux

1899_tour_de_france_html_m6f1ac74f.jpg

Devant l'Automobile-Club de France : Poinçonnage des voitures. Photo Armand.

en 1899, de Marseille-Nice et de Paris-Amsterdam 1898; Lefebvre, le recordmann, par 58 secondes, du kilomètre pour voitures à pétrole; Giraud, qu'une chute avait arrêté dans Paris-Bordeaux alors qu'il tenait la tête: de Lucenski, directeur du Journal des Sports, et encore Georges Richard, premier des voitures de 2me série dans Marseille-Nice, Leys, Boileau de Castelnau, Heath, Pinson, et des sportsmen dissimulant leurs noms sous des pseudonymes divers, Levegh, Avis, Flash, etc.

Parmi les motocyclistes, des noms sympathiques connus du gros public par des prouesses sportives antérieures: Teste et Tart, les deux premiers du Critérium des motocyclistes, Marcellin, recordman de l'heure par 55 kilomètres 50, premier des tricycles à pétrole dans Paris-Amsterdam; Osmont, vainqueur  de Paris-Roubaix, premier des motocyclistes dans Marseille-Nice,  Rigal détenteur du record du kilomètre, départ arrêté, par 57 secondes; Béconnais, deuxième dans Paris-Roubaix ; Bardin, premier des motos dans Paris-Bordeaux 1899; Corre, Rivierre, Gleize, Williams « le terrible Nivernais », Gaétan de Meaulne, Cormier, Petiram, anagramme transparent du nom d'un de nos confrères de la presse sportive. Les quatre voiturelles Decauvillc prenant part à la course étaient conduites par Ullmann, Théry, Boittier et Gabriel.

Bref, la lutte entre des concurrents d'une telle valeur promettait d'être passionnante. On va voir qu'elle le fut.
 
1899_tour_de_france_html_m4bdb0c10.jpgPhoto : Champigny. - Un, deux, trois ! Partez !

LE POINÇONNAGE

Champigny. — Départ de Charron. Photo Jacques Hébert.

1899_tour_de_france_html_m2b1120e2.jpgSuivant les termes du règlement, les parties essentielles des véhicules devaient être marquées d'un poinçon, mesure de précaution prise bien moins par un sentiment de défiance envers les concurrents que pour éviter les insinuations de ces irréductibles incrédules que l'on rencontre toujours quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise. Donc, en conformité des décisions de la Commission sportive, tous les véhicules étaient amenés le samedi 15 juillet après-midi, place de la Concorde, devant le somptueux hôtel de l'Automobile-Club de France, pour y être soumis à l'opération du poinçonnage.

Est-il besoin de dire que dès l'apparition des premières voitures, intrigués par les allées et venues du poinçonneur M. Rousseau et par ses gestes, par la présence aussi, au milieu de la chaussée, d'un valet de pied de l'A. C. F. en grande livrée, habit à la française, gilet jaune, culotte courte et bas blancs, qui lui tendait les poinçons d'acier et les outils nécessaires, les curieux s'approchèrent toujours plus nombreux, plus hardis, plus gênants même, et tenant à « voir » d'un peu trop près, si bien qu'il fallut téléphoner à la préfecture de police et demander qu'on fasse établir un service d'ordre.

1899_tour_de_france_html_7c7426b4.jpgMais déjà les agents de service sur la place de la Concorde s'étaient inquiétés de cet attroupement inaccoutumé devant l'Automobile-Club de France, un affreux repaire de conspirateurs, comme on sait. Bref, un brigadier et quelques hommes durent s'employer à faire place aux voitures arrivant et partant, et à écarter les curieux. L'insistance de ceux-ci s'expliquait. Tout ce que le sport de l'automobilisme compte de célébrités défila devant eux, pilotant tout ce que l'industrie du même automobilisme a conçu et exécuté de plus puissant, de plus perfectionné, de plus pittoresque en fait de voitures, de plus baroque aussi, il faut bien le dire, par l'exagération des organes destinés à produire la vitesse et par la simplification extrême de tout ce qui concourt uniquement au confort du voyageur.

Champigny. — Départ de Charron. Photo " Vie un Grand Air".

A sept heures du soir l'opération du poinçonnage était terminée.

La période de préparation de la grande course d'automobilistes du Matin était définitivement close ; le lendemain à 8 heures, les concurrents, se retrouvaient tous — ou presque tous — à Champigny, pour, de là, s'élancer sur les routes.

Champigny. — Départ de Gleize. Photo Jean de Louvières..

1899_tour_de_france_html_m37e9bd32.jpgLE DÉPART

Les départs de courses d'automobiles, spectacle assez rare, en somme, et toujours intéressant, ne manquent jamais d'attirer, outre la clientèle accoutumée de tous les spectacles de la rue, voisins, passants, cyclistes... et marmitons, le monde — moins volontiers mobilisable, mais de qui la présence n'en est que plus flatteuse — du sport et, en particulier, du sport automobile. A plus forte raison, la course du Tour de France, ce Léviathan des courses automobiles, devait-elle impérieusement appeler à son point de départ, comme elle appela dix jours plus tard et plus impérieusement encore à son point d'arrivée, tous les chauffeurs de marque.

A l'ombre du trentième arbre de la côte de Champigny à Ozouer, point désigné pour le départ, se trouvaient donc, le dimanche matin 16 juillet, et quelques-uns bien avant l'heure fixée, les « officiels » et les concurrents de l'épreuve, bien entendu, puis, venues pour encourager ceux-ci ou assister ceux-là, toutes les notoriétés de l'automobilisme.

« Que de motos, que d'autos, sous l'œil des photos ! Que de carburateurs, de refroidisseurs, de radiateurs, sous l'œil des amateurs!» C'est en ces termes que notre collaborateur Gaston Leroux résuma son impression dans un Premier-Paris du Matin consacré à ce départ. L'œil des photos se fixa donc — et les fixa — sur de très notables « amateurs » et en particulier sur MM. le baron de Zuylen, président de l'Automobile-Club de France; A. Ballif, président du Touring-Club : Gaston Menier, Jeantaud. Henri Ducasse, Breuil, Prévost, Trouette, marquis de Chasseloup-Laubat, Gaétan de Knyff, ces deux derniers ayant, l'un son frère, l'autre son cousin, parmi les partants, Loubat, Hebrard, Chevalier, A. Bollée, Michelin, Gilles Hourgières et que d'autres, que d'autres !

1899_tour_de_france_html_m6e4961b3.jpg

Tout ce monde entourait les concurrents, leur prodiguant des souhaits, s'intéressant sans aller jusqu'à les compliquer, aux dernières opérations précédant le départ : ultimes poinçonnages, signature des feuilles de contrôle, etc.

L'heure fixée approchait cependant... On allait l'oublier dans le charme des conversations, mais l'implacable chronomètre de M. Viterbo rappela qu'il était temps. Les coureurs étaient, du reste, impatients de s'élancer sur la route, et leurs moteurs, tels des bêtes de sang tirant sur leurs longes et piaffant, trépidaient, haletaient, gémissaient, semblant se plaindre du frein qui les immobilisait. On allait leur donner carrière, et une route de 2.300 kilomètres — un joli ruban de queue, comme disaient les bons paysans de jadis — allait courir sous eux.

Quel spectacle émotionnant qu'un départ de course d'automobiles ! Le conducteur est sur sa voiture, les deux mains sur le volant de direction, un pied sur le levier du frein, les yeux, qu'on devine brillants de fièvre sous les lunettes, pointant droit sur le chemin, le corps jeté en avant ; puis, quand l'aiguille du chronomètre s'est posée sur la seconde précise qu'il faut, c'est l'ordre bref jeté par le starter, la force latente aux flancs du véhicule enfin libérée, et le bond en avant, furieux, irrésistible, projetant la machine et l'homme sur la route blanche, vers l'inconnu... Et le même spectable, inlassablement savouré, se renouvela cinquante fois, ce matin-là. Cinquante fois M. Hérard, le starter du Tour de France, dit le mot magique qui lança tour à tour les voitures de Charron, Girardot, Pinson, Giraud, Avis, Leys, de Knyff, Clément, Jénatzy, Levegh, Jamin, Antony, Boileau de Castelnau, Heath, de Chasseloup-Laubat, Georges Richard, Lefebvre, Thorel, Broc et Flash; les motocycles de G. de Meaulne, Bardin, Teste, Griet-Gaillardct, Williams, Tart, Rigal, Petiram, Collignon. Gleize, Rivierre, Béconnais, Vasseur, Osmont, Cormier, Debacker, Nicolas, Degrais, Corre, Legras, Mèche, Géo, Marcellin, Vuillaume et Joyeux; les voiturelles d'Ullmann, Théry, Boittier et Gabriel.

Comme on le voit, quelques-uns des engagés de la course, en très petit nombre d'ailleurs, et conformément aux précédents, n'étaient pas présents au départ. Il n'est pas de course automobile que puissent suivre tous ceux qui se l'étaient promis : les affaires, les deuils, les empêchements de toutes sortes, les accidents aussi se chargent trop souvent de les mettre dans l'impossibilité de se présenter sous les ordres du starter.

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Champigny. — Départ de Richard. Photo Jean de Louvières.

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Champigny. — Jénatzy, Apres le départ. Photo J. Billon.

PREMIERE ETAPE (Paris-Nancy)

L'itinéraire de cette première journée comportait 290 kilomètres, de Champigny au hameau des Baraques où était installé le contrôle d'arrivée. Dès le départ s'ouvraient devant les coureurs, de belles routes ondulées, qui les menaient à la route de Sézanne; puis l'itinéraire, par de longues lignes droites, rejoignait à Retourneloup, la route de Paris à Vitry-le-François, arrivait à Sézanne par une grande descente, présentait quelques courbes, se continuait par de merveilleuses lignes droites à peine ondulées, jusqu'à Fère-Champenoise, s'élevait jusqu'à la cote d'altitude 217, à Sommesons. redescendait à 89 mètres à Vitry-le-François et ne présentait plus que de légères ondulations jusqu'à Saint-Dizier (144 kil.). Là, le parcours devenait plus accidenté, et en quelques kilomètres passait par les cotes 250. 189, 262, 200, 330, 219, 380, point culminant de l'étape. Après des ondulations successives, l'itinéraire se terminait au lieu dit « Les Baraques » dans les fonds de Toul.

1899_tour_de_france_html_m7a908bb1.jpgGray. — Passage de H. de Knyff. — Photo de Beaujeu.

Nancy est à 6 kilomètres. Mais la route, jusque-là si belle, est dans un si effrayant état d'entretien, que force nous avait été d'arrêter là les coureurs, dont aucune voiture n'eût atteint en entier la ville des ducs de Lorraine.

Le Tout-Nancy sportif était au point d'arrivée de la première étape du Tour de France.

Les prévisions étaient que le premier des coureurs arriverait vers midi et demi ; or, il ne devait arriver que près d'une heure plus tard; il était temps, du reste, et l'on commençait à s'impatienter : des paris s'engageaient. Tel tenait pour celui-ci et tel autre pour celui-là; on discutait. L'arrivée de de Knyff se classant dès le premier jour en tête de tous ses concurrents, malgré deux ressorts cassés en cours de route, vint mettre tout le monde d'accord.

Est-il besoin de dire qu'on acclama le vainqueur de la première journée du Tour de France, de même que Girardot arrivé quatorze minutes après lui ; il tenait la tête depuis Vitry-le-François et comptait bien ne plus être rejoint, quand, à 30 kilomètres de Nancy un malencontreux accident de machine le forçait à s'arrêter vingt-cinq minutes. La guigne! Dés lors, les concurrents se succédaient à peu de minutes d'intervalle, dans l'ordre suivant :

Pinson; Avis; Gleize, premier des motocyclistes et second dans le classement général, bien qu'arrivé cinquième à Nancy; de Chasseloup, retardé de quelques minutes, un peu avant Saint-Dizier, par un léger accident; Heath ; Charron, parti premier de Champigny, mais arrêté par un accident presque dès le départ; Levegh ; Antony; Williams ; Giraud, qui se trouvait deuxième à Saint-Dizier; Jamin; Tart; Corre; Jénatzy; Boileau de Castelnau ; de Meaulne, qui s'était foulé le bras dans une chute, mais courageusement avait continué; Teste; Rigal; Broc; Bardin; Geo; Degrais; Marcellin ; Béconnais; Mèche, Gabriel, premier des voiturellistes ; Lefebvre; Joyeux; Théry; Cormier: Osmont; Nicolas; Georges Richard, qui avait fait tout le parcours sans descendre de sa voiture; Debacker; Collignon; Legras; Ullmann; Rivierre; Boittier.
 
Vasseur, tombé un peu avant Saint-Dizier et un poignet foulé, abandonnait la course; de même qu'un autre motocycliste, Petiram, qui par suite d'un accident de son moteur, avait dû s'arrêter au 32e kilomètre, alors qu'il occupait le troisième rang parmi les coureurs de sa catégorie.

Clément. avait heurté un tombereau après le passage à niveau d'Ozouer et brisé l'avant de sa voiture. On verra par la suite qu'après avoir réparé cette importante avarie,

1899_tour_de_france_html_m24cf1cc.jpgGray - Girardot réparant une roue de sa voiture. — Photo Eugène Noir.

il devait repartir, franchir 600 kilomètres d'une traite, rattraper ses concurrents, en dépasser un bon nombre et finir dans un rang très honorable !

Les résultats de cette première journée permettaient de bien augurer de celles qui devaient la suivre; elle était féconde en prouesses sportives :

De Knyff avait couvert cette première étape à une vitesse moyenne de cinquante-sept kilomètres à l'heure. Girardot, Toul dépassé, avait battu de vitesse le rapide de Nancy sur une distance de deux ou trois kilomètres, et l'on voyait Gleize, sur un motocycle, arriver second dans le classement général, battant des voitures de la force de celles engagées dans cette course et pilotées par les intrépides coureurs que l'on sait! Enfin les voiturelles Decauville arrivaient toutes les quatre à leur première étape; celle conduite par Ullmann était une voiturelle de vente courante.

DEUXIÈME ÉTAPE (Nancy-Aix-les-Bains)

Le lendemain, lundi, 17 juillet, malgré l'heure matinale à laquelle le départ devait être donné aux concurrents de la course d'automobiles du Matin, beaucoup de curieux se pressaient, soit au parc des voitures, situé dans l'Ecole professionnelle, soit à l'octroi du Montet, point fixé pour le départ.

A six heures, le premier départ était donné, et les concurrents s'élançaient sur la route, à trente secondes d'intervalle chacun, et dans l'ordre de leur arrivée, la veille, au contrôle des Baraques.

Cinq coureurs manquaient à l'appel : Antony, qui n'avait pu arriver à Nancy qu'à force d'énergie, et dont la voiture refusait tout service; Mèche et Collignon, qui avaient dû faire à leurs machines d'importantes réparations: Broc, retardé pour la même cause et qui, parti enfin, devait revenir une heure plus tard, déclarant ne plus pouvoir continuer la course.

Au parc, Jénatzy travaillait encore à sa machine et ne devait partir que vers huit heures.

A 10 heures 15, une voiture entrait à toute allure. C'était Clément qui avait passé la nuit à réparer et arrivait frais et dispos se faire contrôler. Il repartait à 11 heures 15, après avoir déjeuné à l'Ecole professionnelle, mais déjà ses concurrents étaient loin sur la route qui les menait de Nancy à Aix-les-Bains. Suivons-les.

A 1.500 mètres après Nancy, les coureurs remontaient une côte de 3 kilomètres, se continuant bientôt par une descente en lacets sur Chavigny. Après Neuves-Maisons, route droite et plate jusqu'à Pont-Saint-Vincent. A partir de là, la route présentait une série de montagnes russes courtes, mais très dures, et s'élevant graduellement pour redescendre, après Blainville-sur-Thuilley, par une descente très raide.

L'itinéraire contournait Langres, passait par Gray, Dôle (225 kilom.), Lons-le-Saunier (275 kilomètres); Bourg (333 kil.) ; Pont-d'Ain, et amenait enfin les coureurs à Ambérieu (366 kil.) où était installé le contrôle d'arrivée et de chronométrage de cette seconde étape.

1899_tour_de_france_html_m2166b5c.jpgAix-les-Bains — Parc des Automobiles. Photo Vie au Grand Air.


1899_tour_de_france_html_m70b97382.jpg
Aix-les-Balns. — Parc des motocycles. — Photo Vie au Grand Air.

La municipalité de cette petite ville, qui disposait de faibles ressources pour organiser le service d'ordre, avait fait de son mieux, sur les excellentes indications du délégué du Matin, M. O'Brien.

Les habitants du pays, dont la curiosité était très excitée, s'étaient tous portés en avant des premières maisons pour voir arriver les coureurs; malgré l'éloignement, un certain nombre d'Aixois et de baigneurs en villégiature dans la coquette ville d'eau avaient fait tout exprès le déplacement. Notre envoyé spécial, M. Thamin, nous signalait la présence, entre autres personnalités, de MM. Nagelmackers, de Camondo, de Farconnet, dont l'aide lui avait été précieuse pour les opérations du contrôle, Rivoire, Delanglade, etc., etc.

Charron, dont l'arrivée à Lons-le-Saunier, en tête de lot, avait été annoncée à 11 heures 17, était attendu, d'après l'horaire calculé d'avance, à midi 55; deux minutes avant l'heure prévue, à midi 53 m. 32 s., il faisait une arrivée magnifique à toute vitesse; les deux ressorts d'avant de sa voiture étaient brisés ; il les réparait sommairement sur-le-champ, et, aux applaudissements de tous, se remettait en route pour Aix-les-Bains. De Knyff qui, après une superbe lutte, engagée avec Girardot depuis le départ, avait enfin pris la tête àGray, mais avait dû s'arrêter un peu après Dôle, un de ses ressorts, réparé tant bien que mal à Nancy, s'étant cassé de nouveau, n'arrivait que 22 minutes après Charron. Il était suivi de Jamin, suivi lui-même de Gleize, arrivant encore en tête des motocycles, après avoir été un moment dépassé par Corre; Gleize. en descendant la pente très raide de Chaligny, avait, dans un virage, monté sur un tas de cailloux et n'avait échappé que par miracle à la pelle.

Les autres coureurs signaient au contrôle dans cet ordre : Giraud, Teste, Pinson, Corre, un moment en tête des motocyclistes, de Meaulne, Avis, Tart, Heath, Williams, Bardin, Marcellin, Degrais, Nicolas, de Chasseloup-Laubat, Girardot qui avait rattrapé de Knyff et avait voyagé de conserve avec lui de Langres à Gray : là, pour éviter un homme, il avait fait une embardée sur le pavé mouillé, était allé buter sur un trottoir, et avait brisé presque complètement une de ses roues de devant; il avait pu, néanmoins, réparer suffisamment pour continuer le parcours, mais après avoir perdu de ce chef, un temps précieux. Gabriel, premier des voiturelles, le suivait au contrôle, puis Boileau de Castelnau qui pour ne pas renverser un charretier gardant obstinément le milieu de la route,un peu après Pont-d'Ain, avait versé dans un fossé, ne se faisant heureusement que des contusions légères; Béconnais, Osmont, Rivierre, Rigal, Théry, Georges Richard, Cormier, Joyeux qu'une avarie avait longtemps retenu à Gray et qui devait s'arrêter définitivement à Ambérieu, son différentiel étant hors d'usage; Mèche, Clément, qui avait courageusement brûlé l'étape de Nancy, faisant 600 kilomètres sans arrêt. Boittier, Ullmann, et enfin à trois heures du matin, Williams, tombé dans un fossé à Bourg.

Cette journée, fort dure, avait éliminé un nombre notable de concurrents : Collignon était resté en panne à dix kilomètres du contrôle ; Debacker s'était arrêté à Langres ; Géo, après une chute à Oyrières, dix kilomètres avant Gray, avait dû abandonner son tricycle hors d'usage, aux bons soins d'un mécanicien; Jénatzy et Levegh s'étaient arrêtés à Dôle pour des réparations importantes; Lefebvre, une poulie cassée, avait repris le train à Dôle pour rentrer à Paris.

1899_tour_de_france_html_6597319d.jpgLa Baraque. — Montée de la cote dite du Grand-Tournant. Photo E. Gréau.

La journée devait encore être marquée par deux incidents. Le motocycliste Gleize dérapait sur le pavé mouillé, en arrivant devant le Casino d'Aix, faisait panache sur le kiosque de contrôle et tordait son tricycle ; Cormier, motocycliste également, n'arrivait à Aix qu'à dix heures et demie du soir, après avoir été retardé au delà d'Âmbérieu, à un passage à niveau dont il avait défoncé la barrière avec sa machine. On se rappelle en effet, que l'étape ne s'arrêtait que fictivement à Ambérieu, et qu'en réalité elle se continuait jusqu'à Aix-les-Bains par 75 kilomètres que nous avions dû neutraliser.

1899_tour_de_france_html_243b95ce.jpgLa Baraque - De Knyff gravissant la côte du Grand-Tournant. Photo Paul Petit.

TROISIÈME ÉTAPE (Aix-les-Bains-Vichy)

Après une journée entière de repos à Aix-les-Bains, ceux des concurrents qui restaient en ligne, au nombre de 35, se retrouvaient le mercredi matin, 19 juillet, à l'extrémité sud-est de la ville, à l'entrée de l'avenue de Marlioz, et au signal donné par M. Viterbo, partaient vers Vichy, point terminus de la troisième étape. Les Aixois étaient venus nombreux leur souhaiter bon voyage, et l'avenue de Marlioz, délicieusement ombragée d'arbres recourbés en voûte, était noire de monde. De Knyff et Gleize partaient, tous deux et le second surtout, avec un sérieux retard, par suite des réparations à faire à leurs machines, réparations délicates et qu'ils n'avaient pu achever à temps; Gleize de par ce retard, allait se trouver distancé jusqu'à la fin de la course. Enfin on se demandait si les 4 voiturelles Decauville arrivées, à l'étonnement de tous, jusqu'à Aix, pourraient achever leur parcours sans accidents. La journée promettait d'être chaude; en effet, Charron arrivé le premier dans la seconde étape classement général, de Knyff ayant pris sur lui une sérieuse avance le premier jour.

L'itinéraire n'était pas sans comporter de sérieuses difficultés. Il présentait d'abord, un peu avant Chambéry, dont la traversée était neutralisée, une descente dure, puis une traversée fort délicate, en descente et en lacets, au Touvet, une forte côte coupée par un lit de torrent, après Bernin, une descente rapide sur le Bachois; il touchait Grenoble (73 kil.), montait à Voreppe, redescendait aussitôt sur le point dit de la Poste-dc-Voreppe, continuait jusqu'à Saint-Marcellin. Après Saint-Hilaire-du-Rosier se trouvait une descente dangereuse, avec virages à angle droit sous le pont du chemin de fer ; puis la route, après Romans, descendait dans la vallée du Rhône, franchissait le fleuve, traversait Tournon (169 kil.).

L'itinéraire quittait alors la vallée du Rhône pour bassin de la Loire et atteindre un de ses points culminants. A Bourg-Argental, commençait la grande montée conduisant au col du Grand-Bois, à l'altitude de 1,127 mètres. Une descente qui, en deux points, présentait des virages dangereux, amenait à La République, Saint-Etienne (238 kil.) ; se poursuivait jusqu'à Montbrizon (277 kil.), Boën, quittait alors le bassin de la Loire pour passer dans le bassin de l'Allier, et s'élevait dans la montagne, (740 mètres d'altitude à Noirétable), redescendait enfin, par des ondulations successives, sur Vichy (382 kil.) Le contrôle était établi à cinq kilomètres de cette ville, près de Saint-Yorre, et une belle route rectiligne y amenait par laquelle on pouvait voir de loin arriver les coureurs. Parmi un fouillis de véhicules de toutes sortes, bicyclettes, automobiles, motocycles, voitures hippomobiles et même asinomobiles, les curieux évoluaient très nombreux; on remarquait la présence de MM. le Dr Louis Combet, délégué du Touring-Club ; Dubost, notaire à Vichy; Dr Léon Maire; Lucien Ravin; Bougarel; Rabais; Crozet-Noyer, ingénieur: Rebout, maire de Bourbon-Cusset; et plusieurs délégués des Cercles étrangers.
1899_tour_de_france_html_62b94140.jpgLa Baraque. — Giraud, avec l'aide de ses conducteurs, achève la montée de la côte du Grand-Tournant. - Photo E. Gréau.

Tout ce monde connaissait déjà, par les dépêches arrivées des contrôles, les péripéties de la première partie de l'étape; on savait quelle âpre lutte s'était engagée dès le départ entre Charron, de Knyff, de Chasseloup-Laubat, Pinson et Giraud, aussi quand Charron arriva premier, c'est au milieu d'une ovation indescriptible qu'il mit pied à terre et alla signer au contrôle. De Knyff, qui le suivait à 17 minutes d'intervalle, ne fut pas moins chaleureusement accueilli. C'est par lui qu'on fut rassuré sur le sort de Williams qu'une dépêche avait représenté comme très grièvement blessé, mais ce qu'il cacha, c'est l'incident vraiment touchant que voici et dont on ne connut les détails que le lendemain, par des témoins.

Williams, frappé d'insolation, alors qu'il était en tête des motocycles, était tombé à douze kilomètres en avant de Saint-Etienne, au village de la République. II marchait alors a plus de 50 à l'heure dans une descente rapide. Le malheureux avait fait panache et gisait en travers de la route, inanimé. 

1899_tour_de_france_html_6ea3532f.jpgLa Baraque. Charron arrivant au grand Tournant. - Photo Paul Petit.

Arrivée de Knyff — de Knyff qui ne "vit" plus que sur son avance considérable du premier jour, retardé qu'il a été le second par un accident à un ressort, accident qu'il a réparé tant bien que mal et qui l'a fait partir d'Aix-les-Bains, le matin même, assez longtemps après le premier — de Knyff qui, à ce moment, a un quart d'heure de retard sur Chasseloup-Laubat, alors en tête, huit minutes sur Charron, une minute sur Girardot. On sait, en course, ce que vaut le temps : une minute, quelques secondes même, c'est la distance à rattraper considérablement augmentée, c'est un, deux, dix coureurs qui peuvent prendre les devants, c'est la course perdue peut-être, la victoire compromise. Un autre songerait que le blessé, qu'il voit là-bas, trouvera sûrement du secours, que la course du Matin attire assez de curieux sur les routes pour qu'il ne soit pas à redouter que la victime reste longtemps sans soins... Mais a-t-il même le temps de penser à tout cela? Au train dont il va, à peine a-t-il vu de loin la masse confuse étendue sur le sol, qu'il est près d'elle, qu'il a reconnu un de ses concurrents; il l'a déjà dépassé... et il peut maintenant continuer sa route — nul ne songera à le lui reprocher — laissant derrière lui quelqu'un qui souffre, et laissant derrière lui aussi un remords! Et le brave coeur qu'est de Knyff, n'hésite pas; de tous ses freins, il arrête l'élan désordonné qui l'emporte; il revient sur ses pas, descend, s'agenouille près du blessé évanoui, le porte au bord de la route, appelle du secours, va lui-même chercher de l'eau... Quand il revient. Williams a repris ses sens, et quand il reconnaît dans l'homme qui lui prodigue ses soins un de ses concurrents, lui qui sait ce qu'est une course et qui connaît le prix du temps, il a un mot admirable : — De Knyff! vous!... Mais allez-vous-en... Partez... Ah ! les braves gens !

Et c'est ainsi que de Knyff n'arriva que second à Vichy et ne reçut pas la médaille d'or du Cercle des Etrangers. Elle revint à Charron qui l'avait, du reste, bien gagnée. En tête à Saint-Marcellin. il s'était vu dépasser par de Chasseloup-Laubat à Romans et n'avait repris sa place devant lui qu'à Boén.

1899_tour_de_france_html_4b0cca6b.jpgMotocycliste gravissant la côte du Grand-Tournant. Photo Paul Petit.

Pinson arrivait troisième à Vichy suivi, dans l'ordre, de Tart, premier des motocycles, de Chasseloup-Laubat qui avait mené une partie de la course, Béconnais, Corre, Levegh, de Meaulne, Clément, Girardot, Bardin, Teste retenu une heure à BoCn par une avarie, de Castelnau, Marcellin qui, pris de découragement, avait été sur le point d'abandonner à Saint-Etienne, Gabriel dont les freins usés ne fonctionnent plus, Degrais, l'axe de son moto faussé, Giraud, Rigal, Richard, avec sa vaillante voiture de sept chevaux; Gleize, Heath. Osmont, Cormier, Rivierre, Avis, Mèche, Théry, Ullmann.

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Contrôle de Clermont-Ferrand. Photo Delavaivre.

La journée avait éliminé, outre Williams, Nicolas, blessé légèrement à la sortie de Saint-Etienne, et Boittier dont la voiturelle, renversée dans un virage brusque à la Champillarde, s'était brisée. Jénatzy avait dû laisser sa voiture à deux kilomètres de Vichy où il l'avait jetée contre un talus de la route avec une violence telle que l'avant s'y était enfoncé ; Jénatzy ne devait arriver au contrôle, conduisant sa voiture, que le surlendemain matin. Jamin, arrêté à Tournon, n'arrivait que le jeudi soir vers 8 heures.





QUATRIEME ETAPE (Vichy-Périgueux)

1899_tour_de_france_html_m16c00830.jpgTulle. — Passage de H. de Knyff. Photo Marcel Veyres.

Les coureurs, réduits le vendredi matin au nombre de trente et un, allaient, ce jour-là, affronter l'itinéraire le plus chargé de difficultés, le plus dangereux de toute la course.

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Les Graizes. — Passage de Girardot. Photo A. Mitteau.
Le départ leur fut donné sur la route de Gannat, après le pont sur l'Allier, au pied d'une côte assez forte s'élevant de cent dix mètres en moins de quatre kilomètres. La route présentait encore de courtes descentes très raides, avant et après Cagnat; puis après avoir dépassé Gannat, elle continuait en droite ligne sur Riom (42 kil.), traversait Montferrand, en grimpant un court raidillon et descendant sur Clermont-Ferrand (56 kil.). Un kilomètre plus loin, l'itinéraire quittait la grande route et prenait à gauche la montée de la Baraque; en treize kilomètres, il atteignait, au col de Moreno, l'altitude 1.050 mètres, à 650 au-dessus de Clermont-Ferrand. Le col franchi, la route descendait dans une vallée, jusqu'à la cote 760, remontait à la cote 880. Là, se trouvait un des points les plus dangereux de toute la course, la descente sur Rochefort (90 kil.), commençant par deux lacets assez raides et plongeant ensuite dans le village où elle aboutissait sur une étroite place en cul-de-sac; il fallait faire un virage complet pour retrouver la route qui s'élève aussi raide que la descente, c'est-à-dire 8 ou 9 %. Ce point franchi, l'itinéraire continuait à monter jusqu'à Laqueuille à 1,060 mètres d'altitude, descendait alors, avec une courbe prononcée dans le village, remontait à la gare de Laqueuille après un brusque virage à angle droit, descendait à travers bois, sur Bourg-Lastic, remontait à la cote 800 sur Saint-Dezery, Ussel (141 kil.), montait à Egletons, s'abaissait jusqu'à Tulle (200 kil.) par une dernière descente de 11 kilomètres, avec lacets accentués. La différence d'altitude était de 530 au haut de la côte, à 210 au bas. De Tulle à Brives (227 kil.) terrain plat par la vallée de la Corrèze, puis après Azerat, montée de Thenon qui, de la cote 90 s'élève à la cote 260 en quatre kilomètres. Après Thenon descente continue sur Périgueux (299 kil.).
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Périgueux. Charron prenant une coupe de champagne. Photo Vie au Grand Air.


On le voit, l'itinéraire était mouvementé ; la journée se passa cependant sans aucun des accidents qu'on pouvait redouter; seul, Georges Richard ayant fait une chute. Aussi, la réception faite le soir aux coureurs par les Périgourdins fut-elle plus enthousiaste encore qu'à Nancy et qu'à Aix-les-Bains. Le comte de Fayolle, un chauffeur fanatique, président du Véloce-Club périgourdin et de l'Automobile-Club de la Dordogne, avait tout fait préparer. Depuis le contrôle d'arrivée, situé à l'entrée de la ville, et fort bien installé dans le bureau d'octroi du boulevard du Petit-Change, jusqu'à l'arc de triomphe placé quelques mètres avant le garage, ce n'étaient que mâts, oriflammes et drapeaux. A l'arrivée, un monde fou, toutes les notabilités sportives du pays: MM. le comte d'Argy, comte de Saint-Cernin, président du Véloce-Club de Nontron ; Soymier, Kintzel, Didon, de Bellussières. marquis de Chevigné. Dussaux, Millet. Prat, Dumas, président du Véloce-Club de Bergerac; Dr Creuzan, président de l'Automobile-Club bordelais; marquis de Lagarde. de Roumejoux. Sarlande. de Rezel, Dursout, de Lacrouzille. Mme la comtesse de Fayolle et Sarlande, en voiture automobile, attendaient les vainqueurs des diverses catégories pour leur offrir des bouquets.

1899_tour_de_france_html_m5e54a3f9.jpgContrôle de Nantes. — Photo Vie au Grand Air.

De Knyff fut le premier fleuri ; il arriva à 2 h. 4; m. 25 s. 3/5 au milieu d'acclamations enthousiastes; sa roue droite arrière était dépourvue de pneumatique depuis onze kilomètres; derrière lui Girardot, Charron, Teste, premier des motocyclistes, Pinson, de Castelnau, Corre.

Tart, qui se présente ensuite au contrôle, est peut-être celui qui a le plus grand succès de curiosité: il arrive sans selle ; il l'a perdue assez loin et ne s'est pas arrêté pour si peu.

Après Tart, arrivaient Bardin, de Chasseloup-Laubat, de Meaulne, Gabriel, premier des voiturellistes; Degrais. Clément, Marcellin, Béconnais. Gleize, Giraud, Cormier, Levegh, Heath, Mèche, Théry, Rivierre, Avis, Ullmann. Huit kilomètres après Clermont-Ferrand, dans la côte abrupte de La Baraque, Rigal et Osmont avaient eu des avaries de machine et avaient abandonné la course. A neuf kilomètres d'Ussel, Georges Richard ayant ainsi franchi les 1.200 kilomètres les plus pénibles du parcours, voulant éviter une voiture, a son pneu gauche qui éclate, d'où embardée qui jette la voiture d'abord sur un arbre puis dans un fossé très profond; heureusement, ni lui ni son mécanicien n'étaient blessés sérieusement et ils pouvaient rentrer à Paris le lendemain parle chemin de fer.

Dans la soirée, organisateurs et concurrents de la course du Matin se retrouvaient en l'hôtel du comte de Fayolle. qui leur offrait un vin d'honneur. Le préfet de la Dordogne, M. Mascle. et le maire de Périgueux, M. Guiller. étaient présents à cette soirée à laquelle tous les coureurs s'étaient fait un devoir d'assister, malgré les fatigues de la journée et la nécessité d'être le lendemain matin, dès six heures sur la route de Nontron d'où devait être donné le départ pour la cinquième étape.


CINQUIÈME ÉTAPE - (Périgueux-Nantes)

Vingt-trois coureurs se trouvaient à l'heure dite au rendez-vous.

Giraud et Avis ne répondaient pas à l'appel de leur nom; leurs machines avariées ne leur permettaient pas de continuer la course. Ullmann n'arrivait à Périgueux, ayant achevé la quatrième étape, qu'à 7 h. 45, alors que depuis trois quarts d'heure les autres concurrents étaient partis. Il se remettait en route à neuf heures; c'était montrer de la persévérance. Mais que dire alors de Jénatzy, qui n'arrivait, lui, qu'à 4 heures du soir et repartait à 5 heures!

L'itinéraire était loin de présenter les mêmes difficultés que la veille. Après des ondulations plus ou moins fortes, 11 allait prendre la grande route de Bordeaux à Paris, avec laquelle il se confondait jusqu'à Ruffec (130 kil.), et les Maisons-Blanches où il la quittait pour emprunter la grande route de Limoges à Nantes par Niort (199 kil.), Fontenay-le-Comte (230 kil.) et Nantes (339 kil.), où elle aboutissait par une longue et légère descente se terminant malheureusement sur du pavé. Le contrôle d'arrivée était placé un peu avant l'octroi, et les vingt-trois coureurs partis le matin de Périgueux y signaient le soir; la journée n'avait été marquée par aucun incident; cependant Marcellin et Mèche, à leur arrivée,déclaraient qu'ils abandonnaient. Il restait donc, en course, après cette étape, dix voitures, dix motocycles et trois voiturelles Decauville, en y comprenant, bien entendu, Jénatzy, en retard d'une étape entière.

Pendant toute cette journée, les coureurs s'étaient suivis de très près, marchant tous, pour ainsi dire, dans le tourbillon soulevé par le premier, de Knyff. Premier n'est pas exact; c'est, en effet, de Chasseloup-Laubat qui fut le vainqueur de cette cinquième journée, sa belle course lui faisant regagner deux rangs dans le classement général, de Knyff et Charron tenant toujours la tête, et de Knyff avec une avance considérable. Il était cependant passé cinquième seulement à Nantua, par suite d'une crevaison de pneumatique; le même accident arrivait un peu plus tard à Charron, et ce retard des deux champions de la course permettait à un motocycliste, Teste, de passer premier et de mener le train devant les voitures! Par malheur, Teste se trompait de parcours après La Rochefoucauld, ainsi que plusieurs autres concurrents, et tous perdaient, de ce chef, un temps précieux.

Aux Trois-Moulins, où était installé le contrôle d'arrivée, se tenaient, aux côtés du chronométreur, M. Marais, MM. le comte de Dion, Hénon, Saupiquet, Naud, Bertheau, Jeanniard, d'Hastrel, vice-consul de l'U. V. F.; Templer, Pinot, Poulain, Dubron, Forty, Delamarre, Amieux, Masseiin, chronométreur de l'U. V. F., etc.

Nantes. Arrivée du comte de Chasseloup-Laubat. Photo Vie au Grand Air.
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Ils voyaient arriver successivement au contrôle et signer au registre : de Knyff et Chasseloup-Laubat, en réalité le vainqueur de l'étape, Girardot, Charron, Meath, Clément, Teste, premier des motos, Barclin, Levegh, de Castelnau, Corre, Béconnais, Tart, Degrais, de Meaulne, Rivierre, Gleize, Pinson, Gabriel, premier des voiturellistes, Marcellin, Mèche, Cormier, Théry, et Ullmann.


SIXIÈME ÉTAPE (Nantes-Cabourg)

Cabourg. — Girardot avant le départ. Photo Vie au Grand Air.
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Cette sixième étape, qui semblait ne pas pouvoir modifier très profondément les résultats acquis jusque-là, car l'itinéraire n'en était ni long ni difficultueux, devait, au contraire, être fertile en incidents. Les coureurs, après être allés reprendre leurs véhicules au garage installé dans les établissements Lefèvre-Utile, étaient partis à sept heures, devant une foule nombreuse ; mais déjà trois d'entre eux se trouvaient retardés : de Knyff, Heath et Bardin, la fermeture d'un passage à niveau les ayant empêchés de se trouver au contrôle à l'heure dite.

1899_tour_de_france_html_m4abeac81.jpgCabourg. — R. de Knyff au départ. — Photo Vie au Grand Air.

L'itinéraire empruntait d'interminables lignes droites, sans accidents de terrain sensibles; il touchait successivemen. Ancenis (38 kil.); Angers (89 kil.); La Flèche (132 kil.); Le Mans (174 kil.) Alençon (224 kil.); Argentan (267 kil.); Falaise (289 kil.); Caen (323 kil.); et Dozulé où se faisait l'arrivée.

Pour la première fois depuis le début du Tour de France, le soleil s'était voilé, et c'est sous la pluie que les concurrents couvraient une partie de l'étape. L'averse commençait à tomber à Dozulé quelques moments avant l'arrivée du premier, Levegh, chauffeur très énergique et que des incidents de parcours avaient malheureusement retardé les jours précédents.

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Le mauvais temps, qu'un ciel couleur d'encre annonçait depuis le début de l'après-midi, avait empêché une grande partie de la « gentry » en villégiature sur ce point de la côte normande, de venir assister à l'arrivée; toutefois quelques intrépides étaient là, le fin pantalon de piqué relevé et crotté, n'ayant pas voulu manquer l'occasion d'être les premiers à féliciter les vainqueurs. Parmi eux, MM. le prince Karageorgewith, Alexandre Duval, Boussod, Raymond, Gaston Leblanc, de Lizy, Singer, Huillier, Drosso, Haralamb, Broquin, Schielcher, Laveissière, Diligeon, Hurtu, etc., etc., tous venus bien entendu, en voitures automobiles.

Après Levegh, arrivaient de Chasseloup-Laubat, de Knyff, Girardot, Pinson, Gleize, reprenant sa place en tête des motocyclistes, de Castelnau, Teste, Degrais, de Meaulne, Tart, Béconnais, Heath, Bardin, Cormier, Théry premier des voiturellistes ; Clément et enfin Gabriel.

Départ de M. Clément. — Photo Vie au Grand Air.

Clément n'arrivait aussi tardivement que parce qu'il avait perdu un temps très appréciable au Mans, pour aider Charron à réparer sa voiture et à la mettre en état de repartir, sans succès d'ailleurs. Charron que cet accident mettait dès lors irrémédiablement hors de course, avait du moins fini sur un bel exploit sportif. Pendant quarante kilomètres, il avait marché à reculons. A l'avant de sa voiture un palier d'aluminium s'était cassé; alors, il avait fait machine en arrière, — après s'être retourné, naturellement! — et il avait gagné le prochain relai en cheminant comme les écrevisses; un assez joli tour de force, comme on voit! Charron n'était pas le seul coureur éliminé par cette étape. Corre abandonnait définitivement après Falaise.

Il allait rester en présence, pour la dernière étape, huit voitures, huit motocycles, trois voiturelles, et, disséminés sur les routes, avec un retard considérable, mais jurant d'aller jusqu'au bout, un conducteur de voiture Jénatzy et un motocycliste, Rivierre, arrêté au Mans par la rupture de sa chaîne.



SEPTIÈME ÉTAPE (Cabourg-Paris)


Les 192 kilomètres qui séparent Cabourg de Saint-Germain ne devaient plus être qu'un jeu pour les vaillants qui venaient de sillonner la France à l'allure et à travers les difficultés qu'on sait.

L'itinéraire de cette dernière journée passait par Pont-l'Evêque, Lisieux (40 kil.) ; Evreux (115 kil.); Mantes (160 kil.); pour arriver enfin à Saint-Germain (192 kil.) où le contrôle était installé à la grille d'Hennemont.

1899_tour_de_france_html_dcaa152.jpgCabourg. — Départ de Gabriel sur sa voiturelle Decauville. Photo Vie au Grand Air.

Par malheur, le temps n'était pas des plus propices, le vent soufflait en tempête, au grand désespoir des garçons du Matin qui eurent toutes les peines du monde à installer, en travers de la route, une large bande de calicot, portant le mot Contrôle, et destinée à indiquer de loin, aux coureurs, le point d'arrivée. Finalement, elle fut emportée par une rafale, mais les coureurs ne devaient pas avoir besoin d'un signal comme celui-là pour s'arrêter. Plusieurs centaines de mètres en avant du contrôle, les premiers arrivants marchèrent entre deux haies de curieux bordant la route, de plus en plus nombreux, en groupes de plus en plus compacts, et les applaudissements et les vivats, d'abord isolés, s'enflèrent sur leur passage jusqu'à la grille d'Hennemont, en une ovation formidable. C'est de Knyff qu'elle salua le premier, et vers le vainqueur du «Tour de France» toutes les mains se tendirent, qu'il serra cordialement. Il y avait là MM. de Camondo, Lemoine, Jeantaud, R. Lebaudy, le marquis de Chasseloup-Laubat, venu pour assister au retour de son frère; comte de Dion, Michelin, Garmier, vice-président, et Pierront, membre du conseil d'administration de la maison Panhard-Levassor, Hénon, qui, engagé dans la course du Matin, n'avait pas pu partir, mais avait fait néanmoins une partie du parcours en amateur, «sans une crevaison, disait-il, sans un accident de moteur » ; Hart O. Berg, Haarbleicher, président du conseil d'administration de la maison Mors; Guionnet, Al. de Lucensky, directeur du Journal des Sports, et son collaborateur Amy, Rigal, Riguelle, E. Mors, Antony, Hachette, Ducasse, Lefévre, Voigt dont Pinson avait monté la voiture pendant le Tour de France, etc., etc.
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Cabourg - M. Heath traversant le pont. Photo Vie au Grand Air

Par de Knyff, on apprend que de Chasseloup-Laubat est retardé par un accident à son radiateur, dont le tube s'est guillotiné un peu avant Bonniéres, et que Levegh a eu deux crevaisons de pneumatique consécutives. Girardot arrive sur ces entrefaites; rapidement il s'informe; dans les six premières étapes, de Chasseloup-Laubat a pris sur lui un avantage de 27 minutes, et pendant 27 minutes, Girardot regarde anxieusement la route; si de Chasseloup-Laubat arrivait, il s'assurerait la seconde place; enfin, le délai redoutable expire, le cap est doublé; Girardot peut être salué du titre de second du « Tour de France »! Même incertitude pendant le temps qui s'écoule entre l'arrivée de Tart, qui signe le troisième au contrôle, et celle de Teste; mais Tart, moins heureux que Girardot, voit arriver son concurrent trop tôt, il devra se contenter de la deuxième place de la catégorie des motocyclistes, Teste gardant la première, grâce à son avance des jours précédents.

Après de Knyff, Girardot et Tart, signaient au contrôle : Heath, Pinson, Levegh, Teste, de Chasseloup-Laubat, de Castelnau, Béconnais, Clément, de Meaulne, Cormier, Gleize, Degrais, Bardin, Gabriel, Théry. Enfin, à 8 heures 20 du soir, arrivait Jénatzy qui, dans la journée, avait touché à Cabourg, alors que les autres concurrents du Tour de France en étaient partis depuis une grande heure, et était reparti aussitôt; malheureusement, sur la foi d'un faux renseignement, on avait cru qu'il abandonnait la course, rebuté par un dernier incident de route, et nul ne se trouvait au contrôle pour le recevoir et pour lui dire avec quel sympathique intérêt tous les chauffeurs avaient suivi sa belle performance.

1899_tour_de_france_html_4ad04f9d.jpgSaint-Germain-en-Laye - Arrivée de R. de Knyff. Photo Jean de Louvières

Ainsi, dix-huit concurrents étaient partis le matin de Cabourg, il en arrivait dix-neuf le soir à Saint-Germain ; et c'est ainsi que se réalisa le miracle de la multiplication des chauffeurs, miracle que confirmait le lendemain l'arrivée, devant les bureaux du Matin, de deux « revenants » encore du « Tour de France » : Ullmann, sur sa voiturelle Decauville, et Rivierre, dans une vulgaire hippomobile, car il avait dû laisser à Saint-Germain son moto, presque hors d'usage.
 

LES PRIX


1899_tour_de_france_html_521239d0.jpgDans sa séance du 26 juillet, la première après la fin du Tour de  France, la commission sportive de l'Automobile-Club de France procédait à l'homologation des temps que lui avaient fournis les deux chronométreurs de la course: MM. Marais et Viterbo. Ce sont ces temps homologués qui nous ont servi pour base de nos calculs et qu'on trouvera d'autre part dans le tableau récapitulatif auquel nous prions les lecteurs de se reporter. Ils y trouveront le classement final des coureurs avec les temps employés pour chaque étape et les temps totaux.

Saint-Germain-en-Laye, R. de Knyff au Contrôle. Photo Jean de Louvières.

La commission sportive avait en même temps à répartir entre les vainqueurs, les prix qui se montent à une somme totale de 28.900 francs constituée ainsi :



Automobile-Club de France. 5.000
Villa des Fleurs, Aix-les-Bains. 5.000
Cercle des Etrangers, Vichy. 5,000
Compagnie fermière de Vichy. 2.000
Casino de Cabourg. 2.000
Engagements. 9.900
Total. 28.900 francs
Elle répartissait cette somme de la manière suivante :

Voitures

1er prix. De Knyff : 5.000 fr. (Panhard-Levassor - 44h 43' 39'' 20/100e)
2e prix. Girardot : 4.000 fr.
(Panhard-Levassor - 49h 37' 39'' 40/100e)
3e prix. De Chasseloup-Laubat : 3.000 fr. (Panhard-Levassor - 49h 44' 18'')
4e prix. Pinson : 2.000 fr. (Panhard-Levassor - 52h 34' 17'' 80/100e)
5e prix. Boileau de Castelnau : 1.200 fr. (Amédée Bollée - 53h 29' 7'')
6e prix. Heath : 800 fr. (Panhard-Levassor - 58h 46' 55'' 80/100e)
7e prix. Clément : 700 fr. (Panhard-Levassor - 75h 45' 35'' 60/100e)
8e prix. Levegh : 700 fr. (Mors - 80h 14' 59'' 40/100e)
9e prix. Jénatzy : 600 fr. (Mors - 166h 6' 3'')

Motocycles

1er prix. Teste : 2.500 fr.
(De Dion-Bouton - 50h 58' 9'' 40/100e)
2e prix. Tart : 1.000 fr. (De Dion-Bouton - 51h 32' 57'')
3e prix. Gaëtan de Meaulne : 700 fr. (De Dion-Bouton - 53h 38' 41'')
4e prix. Degrais : 400 fr. (De Dion-Bouton - 55h 40' 33'' 20/100e)
5e prix. Bardin : 400 fr. (De Dion-Bouton - 56h 7' 5'' 40/100e)
6e prix. Béconnais : 300 fr. (Aster - 56h 30' 34'' 60/100e)
7e prix. Gleize : 300 fr. (De Dion-Bouton - 58h 49' 14'' 40/100e)
8e prix. Cormier : 200 fr. (De Dion-Bouton - 71h 30' 35'')
9e prix. Rivierre : 200 fr. (De Dion-Bouton - 93h 44' 44'')

Voiturelles

1er prix. Gabriel : 2.500 fr.
(Decauville - 67h 16' 35'' 40/100e)
2e prix. Théry : 900 fr. (Decauville - 75h 43' 22'' 80/100e)
3e prix. Ullmann : 500 fr. (Decauville - 125h 25' 4'')


APRÈS LA COURSE

On vient de voir ce qu'a été, dans tous ses détails, ce « Tour de France »; sur quarante-neuf concurrents, partis de Champigny, vingt et un ont achevé le parcours, proportion très satisfaisante et jamais atteinte jusque-là dans les courses d'automobiles, même infiniment moins longues.

Et c'est avec regret que nous achevons le récit des prouesses de ces « chauffeurs errants » à qui rien n'a manqué au cours de cette formidable épreuve. Ils ont eu, en effet, la force morale, la force physique, l'adresse, ces qualités vivantes et saines des hommes de notre race. Dédaigneux des vulgaires contingences de l'existence et impatients de l'impossible, ils ont épuisé, sans compter, leurs forces, ils ont même risqué gaiement leur vie pour un peu de célébrité, et aussi, ajoutons-le avec une pointe d'égoïsme et beaucoup de reconnaissance, pour augmenter le succès de la grande course du Matin.

Ce succès, toute la presse l'a constaté, la presse politique comme la presse sportive.

Des témoignages non moins précieux de l'intérêt suscité par le « Tour de France» devaient encore nous être donnés. Le soir même de la dernière étape, nous recevions de Londres le télégramme suivant :

1899_tour_de_france_html_m76c046d9.jpgLes Membres du British-Automobile-Club, réunis dans un dîner auquel prend part le baron de Zuylen, vous félicitent du succès splendide que vous avez obtenu, et vous prient de transmettre <tnx heureux gagnants toutes leurs félicitations, ainsi que celles de M. le baron de Zuylen.

Et, quelques jours après, le Directeur du Matin recevait la lettre que voici :

Automobile-club de France - Paris, le 27 juillet 1899.

Monsieur le Directeur,

J'ai le plaisir de vous informer que, dans sa séance d'hier, le Comité, désireux de vous donner une marque de gratitude pour le précieux concours que vous lui avez prêté, en organisant, d'une façon parfaite, la course du « Tour de France », vous a décerné, à l'unanimité, une médaille de vermeil.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements personnels, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Le Président : Baron de Zuylen.

Le Matin ne peut que se féliciter d'avoir mérité des appréciations si flatteuses, et d'avoir attaché son nom à une œuvre qui servira l'industrie française.

Paul Meyan, l'organisateur de la Course du «Tour de France». Photo Jean de Louviéres.



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dans le Supplément au numéro du 3 septembre 1899 du Matin

tour_de_france_pub001.jpgLa publicité pour la voiturelle Decauville est aussi un bon retour sur investissement pour Henry Poidatz, propriétaire du Matin, puisqu'il est également propriétaire de la Société Decauville.


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