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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 22:16
Le tour du monde est-il du sport ou du roman ? Il est les deux. Et il est aussi du reportage, car que ne rencontre-t-on pas en tournant autour de la planète ? Phileas Fogg avait mis 80 jours à aller de Londres à Londres, et cet exploit, bien qu'il eût été accompli sur le papier, l'avait rendu célèbre dans l'univers entier... Mais depuis Phileas Fogg, la vapeur avait fait des progrès et l'électricité était née. Combien, en l'an 1 du XX* siècle, mettrait dans la réalité un voyageur, pour aller de Paris à Paris, en sautant des trains dans les paquebots et des paquebots dans les trains ?

Le Matin jugea que la question valait d'être posée et résolue. Et, le 12 mai 1901, il annonçait à ses lecteurs qu'un de ses collaborateurs, Gaston Stiegler, globe-trotter célèbre, reporter modèle, écrivain charmant, allait tenter l'expérience. Au lieu, comme Phileas Fogg, de passer par l'Inde, c'est-à-dire par l'Asie méridionale, il passerait par la Sibérie, c'est-à-dire par l'Asie septentrionale, mais il utiliserait uniquement les moyens ordinaires que l'industrie moderne mettait à la disposition de M. Tout-le-Monde. Tel était le programme annoncé, qui créa une véritable sensation

Le 27 mai, un grand dîner confraternel réunissait autour de Gaston Stiegler la direction, la rédaction et tous les chefs de service du Matin qui, cordialement, souhaitèrent bon voyage et prompt retour au voyageur.

tour_du_monde_001.jpg
Gaston Stiegler lut la lettre suivante qu'il venait de recevoir de Jules Verne :

« Amiens, le 26 mai 1901. » Cher monsieur, » Je viens de lire dans Le Matin votre charmant article. Par malheur, je ne puis répondre que très brièvement. Partez donc en toute confiance, Vous réussirez et Phileas Fogg ne sera point jaloux si vous le reléguez au second plan. » Et maintenant bon courage. » Votre bien dévoué » Jules Verne. »

Et le 29 mai 1901. à 1 h. 50, Gaston Stiegler, homme de lettres et journaliste, s'embarquait dans le train de Russie à la gare du Nord.

Le 30 au matin, il arrivait à Berlin. Immédiatement il continuait sa route, franchissait la frontière russe à Wirballen et arrivait le 31 mai 1901, à 3 heures de l'après-midi, à Saint-Pétersbourg.

Le 1er juin, à 10 heures du matin, il arrivait à Moscou. Moscou, sous sa robe multicolore, était tout éclatant au soleil, et le soir même, à 8 heures, s'embarquant dans le Transsibérien, le reporter du Matin prenait les routes nouvelles et partait vers les pays mystérieux.

Le 3 juin, à 5 h. 20 du soir, Gaston Stiegler adressait une dépêche de Samara au Matin. 58 nomades se trouvaient dans la petite maison mobile qu'était le Transsibérien. Il était le seul Français. Le train marchait à une vitesse de 25 kilomètres à l'heure et à une locomotive à bois avait bientôt succédé une locomotive à pétrole.

Le 5 juin, à 9 h. 20, de Tcheliabinsk, nouvelle dépêche. Le voyageur avait entièrement traversé l'Europe et, par une transition douce et sensible, pénétrait en Asie. Après avoir quitté les régions charmantes de l'Oural et les plaines cultivées des environs de Tchlianmok, Gaston Stiegler s'éveillait le 7 juin dans le steppe sibérien. Çà et là quelques cahutes éparses autour des stations formaient les seules localités habitées.

Après 190 heures de voyage en Transsibérien, Gaston Stiegler arrivait, le 10 juin, à 9 h. 30 du matin, à Irkoutsk.

gaston_stiegler_1.jpgJusque là pas d'accident. Une mésaventure l'attendait à Strietensk, point terminus des voies ferrées sibériennes. Le bateau qui descend la Chilka étant parti, il ne pouvait être question d'attendre le suivant : ce serait perdre cinq jours. L'envoyé du Matin frète un radeau qu'il appelle Le Matin et descend la Chilka jusqu'à l'Amour. La navigation fut difficile.

Enfin, après trois jours, Stiegler trouve un bateau à vapeur. Le 23 juin au soir, il arrivait à Blagovestchensk. Et le 30 juin, il arrivait à Vladivostok, ayant terminé cette interminable traversée du continent asiatique. Là il s'embarquait sur un vrai paquebot pour Yokohama et le 5 juillet il prenait passage sur un transpacifique à destination du nouveau monde.

Après une bonne traversée, Stiegler arrivait en Amérique le 17 juillet. De Victoria, où il débarqua, il se rendit à Seattle par le chemin de fer et traversa les Etats-Unis. A son départ de Seattle, si  joliment  située  entre l'océan et  le  lac de Washington, il songeait déjà avec joie que le 24 il s'embarquerait pour revenir en Europe.

De Minneapolis, le 21 juillet, un laconique télégramme : « Après une belle journée au milieu des magnifiques montagnes Rocheuses et une journée moins agréable parmi des prairies semblables aux steppes sibériens, je suis arrivé sur le Mississipi, je serai demain à Chicago. »

La traversée de l'Amérique était rapidement effectuée ; le 22 juillet, il admirait les chutes du Niagara dont les enjolivements de la civilisation n'ont pu gâter la splendeur.

Enfin, le 23 juillet, Stiegler arrivait à New-York et, le lendemain, il s'embarquait sur l'Oceanic, alors le bateau anglais le plus grand du monde. Le 30 juillet, il arrivait à Queenstown... Un malencontreux incident l'attendait en Angleterre.

Londres porte malheur à ceux qui font le tour du monde. Phileas Fogg devait être au Reform Club à 9 heures pour gagner son pari et il arriva en gare au moment où l'horloge de Westminster sonnait 9 h. 30. Gaston Stiegler, lui, devait prendre à 2 h; 45, à la gare de Victoria, l'express de Paris; il arriva de Liverpool à Londres à 3 h. 45: le train était manqué. II voulait partir de nuit, mais Le Matin ne pouvait obliger ses nombreux amis à se lever dès l'aube pour le recevoir. On lui enjoignit donc de passer la nuit à Londres.

Le 1er août 1901, il quittait Londres à 10 heures, arrivait à Boulogne à 1 heure, où une foule compacte lui faisait ovation. Passant à Amiens, à 4 heures, il est salué par l'immortel auteur du Tour du Monde en 80 jours qui félicite, en le serrant dans ses bras, son vaillant disciple.

gaston_stiegler_2.jpg

A 5 h. 59 du soir, Stiegler arrivait à la gare du Nord. Spectacle inoubliable que celui de son arrivée. Dès 3 heures, la gare du Nord était envahie par les amis du Matin, venus pour féliciter l'intrépide « globe-trotter » qui venait en 63 jours et 16 heures de parcourir 34.448 kilomètres, détenant sur tous les concurrents américains et français qui avaient essayé de lutter avec lui, le record de vitesse du tour du monde.

1901-08-02.jpg


Texte de Stéphane LAUZANNE, rédacteur en chef du Matin,  dans "Le Matin, un grand journal français - Son organisation, sa puissance, son action.

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