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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 16:47
En 1899, une campagne de publicité du Matin pour une souscription nationale permet de rassembler les fonds nécessaires à la construction de deux sous-marins militaires, "le Français" et "l'Algérien".

Les premiers sous-marins

1899-sous-marins001.jpg

En janvier 1899 — au lendemain de Fachoda — une curieuse expérience avait eu lieu en Méditerranée. L'escadre était allée manœuvrer au large des îles d'Hyères et elle avait été suivie dans ses évolutions par un bateau en tôle d'acier de 48 mètres de long, mû par l'électricité et naviguant tantôt à la surface de l'eau, tantôt dans la profondeur même de la mer. C'était le premier sous-marin qu'on ait vu en escadre, c'était le Gustave-Zédé.

« Tout le monde, a raconté plus tard M. Edouard Lockroy, ministre de la marine, avait les yeux fixés sur la mer. On se figurait découvrir le sous-marin partout. Il n'était nulle part. L'énervement de l'attente gagnait l'équipage quoiqu'il s'agît d'une manœuvre inoffensive, et je pensais, en constatant cela, aux angoisses qui tortureraient les plus braves matelots, les officiers les plus éprouvés en cas de vraie guerre, quand ils auraient à craindre l'approche d'un de ces invisibles adversaires... Tout à coup on aperçut, pendant quelques secondes, la mince coupole du Gustave-Zédé à 400 mètres de nous, par notre travers... Et nous vîmes, l'amiral et moi, venir vers nous, entre deux eaux, un corps allongé, brillant comme de l'or, rapide comme la foudre : la torpille du Gustave-Zédé. Elle frappa le navire à quatre mètres environ au-dessous de sa ligne de flottaison et elle écrasa sur la muraille de fer son cône d'épreuve avant de couler à fond. Si elle avait été chargée, le Magenta aurait été coulé. »

L'expérience avait superbement réussi.

Or, on était à une époque où la menace d'une guerre maritime avait frôlé le pays, et on était à une époque aussi où le pays était cruellement divisé en deux parties adverses.

Alors, Le Matin s'adressa à la foule et lui dit :

— Démontrons au monde entier que nous pouvons bien nous attaquer, nous déchirer, nous calomnier les uns les autres, mais que l'union se refait entre nous, intime et profonde, dès qu'il s'agit de la défense du sol natal. Un magnifique engin de défense vient d'être découvert ; dotons-en le pays. Nous avons actuellement en tout et pour tout un sous-marin. Que tous les bons Français s'entendent et se cotisent pour permettre qu'on en construise tout de suite un second !... La machine législative est lente. La machine parlementaire est molle. Stimulons l'énergie du gouvernement et l'activité du Parlement...

Le Matin ajoutait :

— Nous n'avons pas coutume d'ouvrir de souscriptions et même pour des oeuvres charitables, nous ne tendons pas la main. Mais il s'agit cette fois d'une œuvre nationale. Le ministère de la marine n'a pas, paraît-il, les 300.000 francs qui sont nécessaires pour construire un sous-marin. Donnons-les lui d'un geste prompt. Donnons-les lui d'un seul cœur...

Et l'or afflua aussitôt de partout. Il afflua sans distinction d'origine ou d'opinion politique. Dans la première liste, le nom de M. Raymond Poincaré voisinait avec celui de M. Boni de Castellane, et dans la seconde, celui de M. Paul Déroulède figurait à côté de celui de M. Joseph Reinach. La Ligue des Droits de l'Homme envoyait son offrande en même temps que la Ligue des Patriotes.

En quinze jours, Le Matin avait réuni de quoi acheter non pas un, mais deux sous-marins.

Et le 2 mars 1899, M. Edouard Lockroy, alors ministre de la marine, adressait au directeur du Matin la lettre que voici :

« Cher Monsieur,

» Je remercie Le Matin, je vous remercie d'une aussi patriotique initiative; je vous prie de remercier tous vos souscripteurs, grands et petits, qui, préoccupés de la défense navale, plaçant la Patrie au-dessus de toutes les questions qui nous divisent, ont collaboré à cette œuvre nationale.

» Je vais donner des ordres pour que le Français et l'Algérien soient le plus tôt possible mis en chantier.

» Agréez, etc..

» Edouard Lockroy. »

Les deux bateaux étaient, en effet, aussitôt mis en chantier. Le 30 janvier 1901, le Français était lancé; l'Algérien l'était quelques jours plus tard. Leurs équipages à tous deux se composaient de huit hommes. Le lieutenant de vaisseau Dartige du Fournet commandait le Français; le lieutenant de vaisseau Fadie, l'Algérien. Un peu avant qu'ils entrent en service et soient admis au rang de bataille, à côté de leurs frères aînés, le Gustave-Zédé et le Morse, M. Emile Loubet, président de la République, allait les visiter tous deux et publiquement, dans un discours adressé au directeur du Matin, il proclamait :

» Le Matin a fait œuvre utile pour le pays en rassemblant des souscriptions qui valent plus par leur signijication morale que par leurs résultats matériels. La France est, en efjet, assez riche pour assurer les frais de sa dépense, mais, ce que vous avez eu raison de faire, c'est de rassembler toutes les bonnes volontés et d'élever les cœurs. On est assez enclin à médire de la presse, mais il est juste et légitime de dire tout le bien qu'on en pense quand elle entreprend des œuvres comme celles du Matin. »

C'était la meilleure récompense que pouvait avoir Le Matin.



Texte de Stéphane LAUZANNE, rédacteur en chef du Matin,  dans "Le Matin, un grand journal français - Son organisation, sa puissance, son action.

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commentaires

cbx41 26/01/2010 18:02


Histoire étonnante et très intéressante.
@+


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